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| Bonjour à toutes et à tous. Suite aux nombreux post sur la DTH et la RSE j'aimerais indiquer certaines choses. L'une des principales remarques concernant ces exercices est qu'ils ne sont pas adaptés à la réalité du terrain et/ou qu'ils ne correspondent pas à ce que l'on devra faire lors d'un incident réèl. Cela est en partie vrai, mais ce n'est pas pour autant qu'il faille les mettre au placard. Je m'explique. Lors d'un incident réèl dans lequel le guide de palanquée (GP dans la suite du texte) doit remonter quelqu'un (conscient ou inconscient), il doit assurer plusieurs fonctions : - s'occuper de la personne afin de maintenir ses fonctions vitales (ex. : donner de l'air, conserver le détendeur dans la bouche d'un syncopé pour éviter la noyade lors de la reprise ventilatoire réflexe, faire face à un essoufflement, rassurer, ...). - s'occuper des autres membres de la palanquée pour leur dire de remonter. - contrôler la vitesse de remontée du binôme GP-personne assistée (ou sauvée). - évaluer la réaction adaptée : doit-on faire des paliers et si oui lesquels, dans quelles conditions (houle, courant, ...), comment rentrer au bâteau, etc. On voit donc ici que le GP doit faire beaucoup de choses "en même temps". L'homme étant ce qu'il est, il ne peut se concentrer correctement que sur une (ou deux) tache spécifique (c'est-à-dire qui nécessitent d'y réflechir) en même temps. L'application de cette donnée au cas précédent nous amène alors à la dure réalité : si le GP doit penser à tout, il oubliera forcemment certaines choses ou les fera mal. Dans les 2 cas, l'assistance à personne se déroulera mal. La solution est relativement simple : il faut que le GP puisse automatiser certaines actions afin de ne plus avoir à y réflechir lorsqu'il devra les faire. Cela revient, en termes pseudo-techniques, à diminuer la charge cognitive par l'automatisation de certaines actions. Voyons maintenant quelles sont les actions qui peuvent être automatisées : - s'occuper de la personne accidentée : chaque cas étant unique, on ne peut pas automatiser cette tache car il faut réfléchir à ce que l'on fait en fonction de la situation rencontrée. - s'occuper des autres membres de la palanquée : on peut automatiser au moins l'une des actions (c'est ce que l'on fait en faisant les signes "toi, moi, et les autres on remonte". - contrôler la vitesse de remontée : ce contrôle nécessite : (1) de mesurer la vitesse de remontée à laquelle on se trouve, (2) de comparer cette mesure à la vitesse correcte et (3) de faire les actions nécessaires pour adapter sa vitesse (ex. : ralentir, accélérer ou ne rien faire). Cela peut sembler étonnant, mais une grande partie de ces éléments peut être automatisée, à l'issue d'une formation adaptée et plus ou moins longue en fonction de la perfection que l'on souhaite atteindre. - évaluer la réaction adaptée : chaque cas étant unique, on ne peut pas automatiser cette tache. Au global, l'élément principal (ce n'est bien sûr pas le seul) que l'on cherche à automatiser est celui sur la vitesse de remontée. Une très grande partie de la formation des plongeurs cherche à réaliser cela. 2 questions se posent alors : - (i) "Comment peut-on vérifier que cette automatisation est acquise ?" - (ii) "Quel est le degré de perfection que l'on souhaite atteindre dans cette automatisation ?" Pour les P1 à P3, on cherche juste qu'ils soient capables de porter assistance en fonction de leurs prérogatives et de leurs zones d'évolution à 1 seul plongeur. On cherche donc à ce que la remontée (pour les P2 et P3) se fasse à une vitesse "correcte" (càd pas trop rapide afin de ne pas favoriser un ADD, et pas trop lente afin de ne pas rester dans la zone profonde trop longtemps). Pour les P4, l'objectif est un objectif de "démonstration" et donc de "grande maitrise" (que l'on peut aussi traduire par "forte automatisation"). Or, pour vérifier que cela est bien maitrisé (ou automatisé), l'un des principe que l'on peut appliquer est celui de la "surcharge cognitive" (désolé pour ce terme pseudo-technique mais c'est le seul que je connaisse). Cela veut dire que pour vérifier qu'un comportement, ou un geste technique, est maitrisé, on va demander à l'élève de le réaliser en même temps que des taches annexes. Ces taches annexes l'obligeront à penser à autre chose que le comportement, ou le geste, dont on souhaite évaluer le niveau de maitrise. On vérifie ainsi le niveau d'automatisation du comportement, ou du geste, à acquérir. Prenons maintenant des exemples concrets pris dans notre activité, mais également dans d'autres activités : * Les arts martiaux : dans certains arts martiaux (ex. : judo, karaté, ...) on demande la réalisation de katas. En judo, ces katas ne correspondent pas vraiment aux prises telles qu'elles sont réalisées en situation réelle (i.e. : la compétition). Certaines prises demandées (même dans les 1ers katas) ne sont même jamais vues en compétition. On demande aux élèves d'enchaîner des séries de mouvements extrêmement codifiés et précis. Pendant qu'ils pensent à respecter ces codes, on vérifie s'ils maitrisent les principes de base du judo (ie : déséquilibre, projection, ...). Une anecdote : ces katas existent depuis la création du judo et ils ont un peu évolué (pas tant que cela car on peut voir, sur youtube par exemple, une démonstration de ces katas par le créateur du judo). Pourtant, ces katas ont été conservés depuis tout ce temps car ils permettent de vérifier des choses que l'on ne peut pas voir en situation réèlle (i.e. : en compétition). Ils sont de plus extrêmement formateurs. * La DTH : C'est un peu le kata des plongeurs N4. Le but est de vérifier que la vitesse de remontée sera correcte tandis qu'on demande au candidat de se concentrer sur des "taches annexes" (i.e. : maintenir le détendeur en bouche, dégager les pieds, contrôler la vigilance de l'assisté, ...). On pousse même le raffinement (pardonnez- moi l'expression) à faire varier cette vitesse durant la remontée (rapide au début, puis "normale" ensuite). * La RSE : Idem. On demande au candidat de se concentrer sur la gestion de son air, tout en vérifiant qu'il remonte à la bonne vitesse. Cet exercice est plus simple que le précédent car l'état de surcharge cognitive est moindre. Ici, le candidat est seul et n'a donc pas à s'occuper de quelqu'un, on ne lui demande que de se concentrer sur son expiration (en plus de la vitesse). On pourrait reprendre la majorité des exercices pratiques demandés à un P4 (et même aux autres) pour montrer que le principe général est de mettre l'élève en état de "surcharge cognitive" et de vérifier son niveau de maitrise de la vitesse de remontée. Selon l'exercice, on cherche à faire cela de manière progressive (i.e. : ce niveau de surcharge n'est pas le même selon qu'on doive remonter seul à la force des palmes, ou bien avec quelqu'un en utilisant un gilet). Cela permet également de comprendre pourquoi, à l'examen N4, l'épreuve où les notes sont les plus mauvaises est souvent celle de la remontée stab de 30m. En effet, c'est l'épreuve où le niveau de surcharge est le plus important. Au final, la RSE et la DTH n'ont pas pour objectif d'être collés à la réalité. Ils sont beaucoup plus riches que cela. Ce sont des exercices où le niveau de surcharge est croissant. Si on les supprime, il faut trouver un moyen de vérifier l'automatisation de la vitesse de remontée. Ceci peut être assuré par l'épreuve d'assistance/sauvetage de 30m avec le gilet. Mais cet exercice est tellement dur, car il correspond à une forte surcharge (quoiqu'on pourrait en plus demander que le GP fasse en plus un échange d'embout), que les résultats au N4 ne seront probablement pas terribles (ou alors le niveau d'exigence aura bien diminué). Désolé d'avoir été aussi long. J'espère que je me suis bien exprimé et je suis à votre disposition pour préciser les points obscurs, sachant tout de même, que les concepts abordés ici ne sont pas forcemment simples et qu'il est dur (en tout cas pour moi) de les simplifier. Cordialement, Hervé Cordier (IR). |
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