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Old 02-29-2008, 03:06 AM
herve.cordier@planetis.com
 
Posts: n/a
Default Compétences d'un GP lors d'un incident (long)

Bonjour à toutes et à tous.
Suite aux nombreux post sur la DTH et la RSE j'aimerais indiquer
certaines choses.
L'une des principales remarques concernant ces exercices est qu'ils ne
sont pas adaptés à la réalité du terrain et/ou qu'ils ne correspondent
pas à ce que l'on devra faire lors d'un incident réèl.
Cela est en partie vrai, mais ce n'est pas pour autant qu'il faille
les mettre au placard.
Je m'explique.

Lors d'un incident réèl dans lequel le guide de palanquée (GP dans la
suite du texte) doit remonter quelqu'un (conscient ou inconscient), il
doit assurer plusieurs fonctions :
- s'occuper de la personne afin de maintenir ses fonctions vitales
(ex. : donner de l'air, conserver le détendeur dans la bouche d'un
syncopé pour éviter la noyade lors de la reprise ventilatoire réflexe,
faire face à un essoufflement, rassurer, ...).
- s'occuper des autres membres de la palanquée pour leur dire de
remonter.
- contrôler la vitesse de remontée du binôme GP-personne assistée (ou
sauvée).
- évaluer la réaction adaptée : doit-on faire des paliers et si oui
lesquels, dans quelles conditions (houle, courant, ...), comment
rentrer au bâteau, etc.
On voit donc ici que le GP doit faire beaucoup de choses "en même
temps".

L'homme étant ce qu'il est, il ne peut se concentrer correctement que
sur une (ou deux) tache spécifique (c'est-à-dire qui nécessitent d'y
réflechir) en même temps.
L'application de cette donnée au cas précédent nous amène alors à la
dure réalité : si le GP doit penser à tout, il oubliera forcemment
certaines choses ou les fera mal.
Dans les 2 cas, l'assistance à personne se déroulera mal.

La solution est relativement simple : il faut que le GP puisse
automatiser certaines actions afin de ne plus avoir à y réflechir
lorsqu'il devra les faire.
Cela revient, en termes pseudo-techniques, à diminuer la charge
cognitive par l'automatisation de certaines actions.
Voyons maintenant quelles sont les actions qui peuvent être
automatisées :
- s'occuper de la personne accidentée : chaque cas étant unique, on ne
peut pas automatiser cette tache car il faut réfléchir à ce que l'on
fait en fonction de la situation rencontrée.
- s'occuper des autres membres de la palanquée : on peut automatiser
au moins l'une des actions (c'est ce que l'on fait en faisant les
signes "toi, moi, et les autres on remonte".
- contrôler la vitesse de remontée : ce contrôle nécessite : (1) de
mesurer la vitesse de remontée à laquelle on se trouve, (2) de
comparer cette mesure à la vitesse correcte et (3) de faire les
actions nécessaires pour adapter sa vitesse (ex. : ralentir, accélérer
ou ne rien faire). Cela peut sembler étonnant, mais une grande partie
de ces éléments peut être automatisée, à l'issue d'une formation
adaptée et plus ou moins longue en fonction de la perfection que l'on
souhaite atteindre.
- évaluer la réaction adaptée : chaque cas étant unique, on ne peut
pas automatiser cette tache.

Au global, l'élément principal (ce n'est bien sûr pas le seul) que
l'on cherche à automatiser est celui sur la vitesse de remontée.
Une très grande partie de la formation des plongeurs cherche à
réaliser cela.

2 questions se posent alors :
- (i) "Comment peut-on vérifier que cette automatisation est
acquise ?"
- (ii) "Quel est le degré de perfection que l'on souhaite atteindre
dans cette automatisation ?"
Pour les P1 à P3, on cherche juste qu'ils soient capables de porter
assistance en fonction de leurs prérogatives et de leurs zones
d'évolution à 1 seul plongeur. On cherche donc à ce que la remontée
(pour les P2 et P3) se fasse à une vitesse "correcte" (càd pas trop
rapide afin de ne pas favoriser un ADD, et pas trop lente afin de ne
pas rester dans la zone profonde trop longtemps).

Pour les P4, l'objectif est un objectif de "démonstration" et donc de
"grande maitrise" (que l'on peut aussi traduire par "forte
automatisation").
Or, pour vérifier que cela est bien maitrisé (ou automatisé), l'un des
principe que l'on peut appliquer est celui de la "surcharge
cognitive" (désolé pour ce terme pseudo-technique mais c'est le seul
que je connaisse).
Cela veut dire que pour vérifier qu'un comportement, ou un geste
technique, est maitrisé, on va demander à l'élève de le réaliser en
même temps que des taches annexes. Ces taches annexes l'obligeront à
penser à autre chose que le comportement, ou le geste, dont on
souhaite évaluer le niveau de maitrise.
On vérifie ainsi le niveau d'automatisation du comportement, ou du
geste, à acquérir.

Prenons maintenant des exemples concrets pris dans notre activité,
mais également dans d'autres activités :
* Les arts martiaux : dans certains arts martiaux (ex. : judo,
karaté, ...) on demande la réalisation de katas. En judo, ces katas ne
correspondent pas vraiment aux prises telles qu'elles sont réalisées
en situation réelle (i.e. : la compétition). Certaines prises
demandées (même dans les 1ers katas) ne sont même jamais vues en
compétition. On demande aux élèves d'enchaîner des séries de
mouvements extrêmement codifiés et précis. Pendant qu'ils pensent à
respecter ces codes, on vérifie s'ils maitrisent les principes de base
du judo (ie : déséquilibre, projection, ...). Une anecdote : ces katas
existent depuis la création du judo et ils ont un peu évolué (pas tant
que cela car on peut voir, sur youtube par exemple, une démonstration
de ces katas par le créateur du judo). Pourtant, ces katas ont été
conservés depuis tout ce temps car ils permettent de vérifier des
choses que l'on ne peut pas voir en situation réèlle (i.e. : en
compétition). Ils sont de plus extrêmement formateurs.
* La DTH : C'est un peu le kata des plongeurs N4. Le but est de
vérifier que la vitesse de remontée sera correcte tandis qu'on demande
au candidat de se concentrer sur des "taches annexes" (i.e. :
maintenir le détendeur en bouche, dégager les pieds, contrôler la
vigilance de l'assisté, ...). On pousse même le raffinement (pardonnez-
moi l'expression) à faire varier cette vitesse durant la remontée
(rapide au début, puis "normale" ensuite).
* La RSE : Idem. On demande au candidat de se concentrer sur la
gestion de son air, tout en vérifiant qu'il remonte à la bonne
vitesse. Cet exercice est plus simple que le précédent car l'état de
surcharge cognitive est moindre. Ici, le candidat est seul et n'a donc
pas à s'occuper de quelqu'un, on ne lui demande que de se concentrer
sur son expiration (en plus de la vitesse).

On pourrait reprendre la majorité des exercices pratiques demandés à
un P4 (et même aux autres) pour montrer que le principe général est de
mettre l'élève en état de "surcharge cognitive" et de vérifier son
niveau de maitrise de la vitesse de remontée. Selon l'exercice, on
cherche à faire cela de manière progressive (i.e. : ce niveau de
surcharge n'est pas le même selon qu'on doive remonter seul à la force
des palmes, ou bien avec quelqu'un en utilisant un gilet).
Cela permet également de comprendre pourquoi, à l'examen N4, l'épreuve
où les notes sont les plus mauvaises est souvent celle de la remontée
stab de 30m. En effet, c'est l'épreuve où le niveau de surcharge est
le plus important.

Au final, la RSE et la DTH n'ont pas pour objectif d'être collés à la
réalité. Ils sont beaucoup plus riches que cela.
Ce sont des exercices où le niveau de surcharge est croissant.
Si on les supprime, il faut trouver un moyen de vérifier
l'automatisation de la vitesse de remontée.
Ceci peut être assuré par l'épreuve d'assistance/sauvetage de 30m avec
le gilet.
Mais cet exercice est tellement dur, car il correspond à une forte
surcharge (quoiqu'on pourrait en plus demander que le GP fasse en plus
un échange d'embout), que les résultats au N4 ne seront probablement
pas terribles (ou alors le niveau d'exigence aura bien diminué).

Désolé d'avoir été aussi long.
J'espère que je me suis bien exprimé et je suis à votre disposition
pour préciser les points obscurs, sachant tout de même, que les
concepts abordés ici ne sont pas forcemment simples et qu'il est dur
(en tout cas pour moi) de les simplifier.

Cordialement,
Hervé Cordier (IR).
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